Dimanche 10 mai 2009 7 10 /05 /Mai /2009 09:38

-Au fait avez-vous trouvé un titre à cette histoire, chère Madame ?

-Que pensez-vous de : Il vaut mieux avoir des haines saines que des amours malsains ?

-Très intrigant. Au revoir Mesdames, je serais de retour dans une heure environ.

 

 

Scène 13

 

 

 

 

Voix off : A ce point précis, il y aurait besoin de faire le point. Je suis l'auteur. Cela j'en suis à peu près sûre. Zoé, alias Mlle Z, s'est réveillée d'une sieste avec une robe en lambeau. Alertés par un faire-part, les notables de la petite bourgade, se rendent chez Mlle Z : le médecin pour constater son décès, le détective pour enquêter, l'écrivain pour observer, le maire comme premier magistrat de la communauté. Mlle Z et le détective ont une relation amoureuse. Pourtant, Mlle Z n'avoue qu'à Agatha, l'écrivain, que cela n'est qu'une mise-en-scène qu'elle a fomenté pour retrouver et venger la mort de sa mère à laquelle elle a assisté dans son enfance, dans ce même lieu.

 

Dans sa mise-en-scène, Zoé a prévu l'envoi d'une couronne mortuaire; le détective et le maire sont partis enquêter à ce sujet. Le médecin a trouvé une dague dans le jardin et semble bien pressé de partir. Il appelle sa femme pour qu'elle cache certaines choses en lieu sûrs.

 

Donc, à ce point précis, quelques détails semblent étranges : l'aspect rituel du meurtre de la mère de Zoé, les sandales et la paire de petits pieds : pieds d'enfant ou pieds de femme ? Enfin, pourquoi le médecin n'a-t-il pas la conscience tranquille ?

 

Scène 14

 

-Nous venons de croiser le Docteur. Il a réussi à vous échapper !

-Etait-il notre prisonnier ou étions-nous censées le baby-sitter ?

-Vous arrivez à point pour le relayer. Qu’avez-vous découvert chez le fleuriste ?

-C’est un service à distance qui a été utilisé. Nous sommes allés au commissariat pour la recherche de l’adresse IP concernée mais les pistes sont vastes. L’opération s’est faite depuis un cybercafé parisien. Le paiement n’a pas eu lieu, c’est un contre-remboursement. Le fleuriste ne savait pas à qui envoyer la facture.

-Les morts ne paient pas de facture.

-Les héritiers si.

-Avez-vous des héritiers Mlle Z ?

-Quelle question absurde ! Je ne suis toujours pas morte !

-Vous éludez la question.

-Monsieur le Maire, pourquoi me posez-vous cette question ?

-Parce que si quelque chose devait vous arriver…

-La question de Monsieur le Maire est intéressante ; si vous avez des héritiers, ils peuvent être ajoutés à la liste des suspects.

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Vendredi 17 avril 2009 5 17 /04 /Avr /2009 13:05

 

Par photeurs-de-troubles - Publié dans : photo - Communauté : Les " Pascales"
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Vendredi 17 avril 2009 5 17 /04 /Avr /2009 12:01
A ce point précis, il y aurait besoin de faire le point. Je suis l'auteur. Cela j'en suis à peu près sûre. Zoé, alias Mlle Z, s'est réveillée d'une sieste avec une robe en lambeau. Alertés par un faire-part, les notables de la petite bourgade, se rendent chez Mlle Z : le médecin pour constater son décès, le détective pour enquêter, l'écrivain pour observer, le maire comme premier magistrat de la communauté. Mlle Z et le détective ont une relation amoureuse. Pourtant, Mlle Z n'avoue qu'à Agatha, l'écrivain, que cela n'est qu'une mise-en-scène qu'elle a fomenté pour retrouver et venger la mort de sa mère à laquelle elle a assisté dans son enfance, dans ce même lieu.
Dans sa mise-en-scène, Zoé a prévu l'envoi d'une couronne mortuaire; le détective et le maire sont partis enquêter à ce sujet. Le médecin a trouvé une dague dans le jardin et semble bien pressé de partir. Il appelle sa femme pour qu'elle cache certaines choses en lieu sûrs.

Donc, à ce point précis, quelques détails semblent étranges : l'aspect rituel du meurtre de la mère de Zoé, les sandales et la paire de petits pieds : pieds d'enfant ou pieds de femme ? Le médecin n'a pas bonne conscience. La dague dans le jardin, à qui appartient-elle ? Que vont découvrir le détective et le maire chez le fleuriste ?

Mlle Z semble bien plus intelligente qu'elle ne le laisse croire. Tenons-là à l'oeil aussi.







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Mercredi 1 avril 2009 3 01 /04 /Avr /2009 11:13

Scène I




- Je suis le détective, je ne peux pas être le meurtrier!
- Certes, ce serait enfreindre une règle du genre...
- Je suis la victime, je ne peux donc pas non plus être l'assassin.
- Ce serait un suicide.
- Je suis l'écrivain de cette histoire, je ne peux pas plus que vous, être la meurtrière.
- Ca, c'est moins sûr, cela peut être autobiographique...
- La plume et la lame, beau titre
- L'arme du crime est un couteau ?
- La lame, c'est la métonymie de l'épée.
- Oh vous, l'écrivain, arrêter de jouer sur les mots.
- Car vous, le toubib vous ne jouer que sur les maux !
- Quoi ? moi je suis venu pour signer l'acte de décès
- Mais je ne suis pas encore morte!
- A quelle heure est prévu votre... euh... assassinat ?
- C'est là le côté surprenant de l'affaire! tous les éléments sont là, noirs sur blanc, sauf l'heure.
- Montrez-moi encore ce faire-part.
- On dit "s'il vous plaît"
- S'il vous plaît, Monsieur le détective, et que ça saute, parce que c'est de ma vie qu'il est question!
- Attendez, récapitulons.
- Pourquoi le détective ne pourrait-il pas être l'assassin ? Il pourrait être en manque de crime, de moments palpitants. Il y a bien des pompiers pyromanes ! D'ailleurs, ils le sont tous, il n'y a qu'à lire La Cantatrice chauve.
- A bien y réfléchir, un détective est un assassin en puissance puisqu'il lui faut raisonner comme l'assassin pour résoudre l'affaire.
- Il est peu probable qu'un assassin prenne le risque de résoudre une affaire pour laquelle il pourrait être pris à son propre piège.
- Il peut s'arranger pour qu'un autre soit pris. Un crime parfait.
- Mais c'est vicieux, pervers! Contraire à tout esprit de justice.
- Oh la justice! Il n'est pas question de justice ! La justice c'est l'autre étape. Pour l'instant, il y a une énigme à résoudre.
- Quelqu'un a-t-il envisagé qu'il pouvait s'agir d'un canular ?

- Monsieur le Docteur, si j'avais seulement reçu ce faire-part annonçant mon décès, j'aurais pu penser à un canular mais me réveiller avec ma robe en confettis dépasse le canular, non ? Je dormais, je n'ai rien entendu, rien senti, et à mon réveil ma robe était lacérée comme si une horde de chats sauvages s'étaient jetés sur moi. Et je vous rappelle que vous tous ici vous avez reçu le même faire-part, prévenant même de mon assassinat !
- Mais vous n'êtes pas morte!
- Cela semble vous contrarier que je ne sois pas morte !
- Calmez-vous tous les deux, cela ne sert à rien de se monter les uns sur les autres !
- ...contre les autres, voulez-vous dire, Monsieur le détective

- Oui vous avez parfaitement compris, arrêtez un peu de nous dévier du problème, vous n'êtes pas Jessica Fletcher !

- Je pensais que nous devions éviter de nous énerver

Soit ! Un peu de méthode. Mlle Z, pensez-vous avoir des ennemis qui en voudraient à votre vie ?

Pensez-vous Monsieur le détective que je sois une peste qui mérite la mort ?

Voyons, Mlle Z, ne le prenez pas ainsi. Monsieur le détective cherche à résoudre l’affaire. Aidez-le. Réfléchissez, pour une fois…

Oh vous avec vos grands airs d’homme sage et raisonnable, vous n’avez pas de leçons à me donner. J’en aurais des choses à dire sur vous !

Oh mais…

Cela suffit, vous trois ! En tant qu’écrivain, je trouve beaucoup de lenteur à l’histoire. Avancez un peu !

Dites, Madame l’écrivain, si votre bouquin est publié, je pourrais avoir ma photo sur la couverture ?

Plutôt morte ou vivante ?

Je peux prendre une photo avant et une après si vous voulez !

Mais je n’ai pas envie de mourir moi !

Si vous ne mourez pas, il n’y aura pas d’histoire, pas de livre, pas de photo…

Oui… c’est vrai.

Mlle Z, pour la dernière fois, avez-vous des ennemis ?

Pratiquement tous les hommes de la ville. Et leurs femmes aussi !

Ca fait beaucoup de monde ! Combien Monsieur le Maire ?

158 âmes comme dirait Monsieur l'Abbé, mais vous le sauriez si vous assistiez plus souvent au Conseil Municipal, Monsieur le détective!

J'avais une affaire urgente...

- Avec Mlle Z ?
- Eh dites ! C’est moi le détective ici!
- Celui qui passe comme un lapin.
- Je ne m'abaisserai pas à répondre. Prenons le problème par derrière.
- Pardon ?
- Je veux dire à l'envers. Qui sont vos amis, Mlle Z ?
- Pratiquement les 507 âmes.
- Qui est la 508ème ?
- Moi bien sûr! Je ne suis pas encore morte !

- On n'y arrivera jamais ! J’ai du travail moi! Des consultations urgentes ! Est-ce qu'il est nécessaire que je reste ?
- Absolument ! J’ai besoin de vous, au cas où... et il vaut mieux que nous restions groupés! Vers quelle heure est-ce arrivé Mlle Z ?
- Je me suis allongée pour faire ma sieste vers 14h et je me suis réveillée vers 15h.
- Et vous portiez une robe ?
- C'était une adorable nuisette en soie avec de la dentelle de calais là et là
- Bon, Bon...
- Mais j'y pense, il y a un cirque dans le bourg voisin. Un gorille s'est peut-être échappé ?
- Nous ne sommes pas dans un remake de la rue Morgue...
- Et vous n'êtes pas Dupin !
- C'eût été fort extraordinaire pourtant
- Grotesque !
- Ou arabesque !
- Regardez au sol, des traces de poudre blanche !
- C'est le sucre que vous venez d'écraser avec votre pied Monsieur le Maire.

- Oh! Je suis navré Mlle Z!
- Les portes de la maison étaient-elles fermées ? Avez-vous remarqué une effraction ?
- Il faisait si chaud ! Les fenêtres et les portes du rez-de-chaussée étaient fermées, mais pas à l'étage.
- Hum ! je vois. Messieurs, montez à l'étage et voyez s'il y a des éléments qui peuvent faire suspecter une introduction suspecte par les étages. Mais ne touchez à rien!

 

Scène 2

 


- Enfin presque seuls. Vous, l’écrivain, bouchez vos oreilles. Quelqu'un vous a-t-il rendu visite avant votre sieste ?
- Tu le sais bien mon chéri.
- Je veux dire, après moi ? Je suis parti à 13h...
- Non chéri, personne n'est venu. J'ai pris un bain frais et je me suis couchée. Enfin... recouchée ! Hi hi !
- Ferme un peu ton corsage, avec tous ces hommes ici !

 

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Mercredi 1 avril 2009 3 01 /04 /Avr /2009 10:58

Ce qu’ils font comme raffut ces messieurs en descendant !

Moi qui avais ciré le parquet !

 

Scène 3

 

 

Par la fenêtre de la chambre, un acrobate pourrait accéder au balcon.

Ferme ton corsage !

Par celle de la salle de bain, un treillage permet à une personne légère de grimper.

Aux rideaux hi hi !

Devant la fenêtre du boudoir, il y a une échelle, mais la fenêtre était fermée solidement.

Intéressant. Avez-vous fermé la fenêtre de votre boudoir après votre sieste ?

Non, elle était ouverte, j’en suis sûre, je suis allée dans le boudoir pour vérifier que l’on ne m’avait rien dérobé.

Est-ce qu’il manquait quelque chose ?

Non, rien. Mais maintenant que j’y pense, quelque chose me revient. J’ai dû forcer la porte du boudoir car elle était bloquée par Voltaire.

Voltaire ?

Oui, mon fauteuil rouge, c’est comme cela qu’il s’appelle, c’est un fauteuil Voltaire.

Cela veut dire que quelqu’un cherchait à protéger sa fuite.

Dans ce cas, comment aurait-il pu fermer la fenêtre derrière lui ?

Très juste.

Votre boudoir est-il jaune Mlle Z ?

Enfin, Madame l’écrivain, c’est un boudoir pas une chambre d’enfant ! il est rouge et noir.

Je demandais cette précision pour ne pas être confrontée à une histoire de mystère déjà écrite.

Leroux, Stendhal, Poe, et pourquoi pas Bradbury, tant que vous y êtes ! Un martien pervers avec un gorille dans une chambre jaune et un meurtre du cavalier rouge et noir ! La Maison Usher III !

 Vous connaissez vos classiques Monsieur le détective !

On frappe à la porte !

Je vais ouvrir !

Oui mais quand on ouvre il n’y a jamais personne !

Prenez vos précautions ! Etes-vous armé Monsieur le détective ?

 

Scène 4

 

 

Maintenant que le détective est sorti, je voudrais vous poser une question Mlle Z.

Je vous écoute Monsieur le Maire.

Je n’ai pas trop confiance en ce détective, venu dont ne sait où. Voulez-vous que je charge ma police de cette affaire ? Et vous assurer une protection rapprochée ?

Tiens ! Vous avez une police privée, Monsieur le Maire ? C’est nouveau ça ! Pourquoi n’en a-t-il jamais été question au Conseil municipal ? Notamment à la question du budget, cela n’a jamais été abordé !

C’est euh…une police… bénévole ! Alors, Mlle Z, souhaitez-vous mon aide ?

Non, je vous remercie Monsieur le Maire, ce ne sera pas nécessaire. Notre détective est compétent et dévoué et puis, il est inutile de mêler trop de monde à cette histoire macabre.

 

 

Scène 5

 

Mon Dieu !

Ca alors !

Nom d’une espadrille !

Une couronne avec … mon nom !

Mlle Z ! Réveillez-vous, ce ne sont que des fleurs !

Installez-la sur le sofa, doucement, je vais lui faire sentir des sels, elle reviendra à elle, laissez-la respirer, défaites un peu les boutons de son corsage.

Quels sels utilisez-vous Monsieur le Docteur, cela m’a toujours intriguée.

C’est du carbonate d’ammoniaque, ça ne fait pas revenir les morts mais presque, sentez.

Oh ! quelle horrible odeur acide ! Je comprends mieux !

Elle revient à elle ! Vous allez mieux mon petit ?

Le fleuriste a reçu une commande, hier, pour la livraison de cette couronne. C’était le livreur ; il n’a pas su m’en dire davantage. Je vais aller interroger le fleuriste et Monsieur le Maire va m’accompagner. Je vous laisse aux bons soins du Docteur et nous ferons placer le garde-champêtre devant la grille de la maison, pouvez-vous vous en occuper Monsieur le Maire ?

Oui, oui ! excellente idée ! pour une fois. Ne perdons pas de temps.

 

 

Scène 6

 

Voyons mon petit, ne pleurez pas, vous n’êtes pas encore morte !

C’est si impressionnant !

Voulez-vous un léger calmant ?

A ce propos, comment est votre sommeil Mlle Z ?

Plutôt léger.

Avez-vous pris un somnifère avant votre sieste ?

Non, je n’en ai pas eu besoin. Je me suis écroulée de fatigue. La chaleur sans doute... Peut-on sortir la couronne de la maison ?

Ces fleurs sont magnifiques ! et ce tournesol blanc est une splendeur !  Pourquoi les sortir ?

Ca ne porte pas malheur ?

Superstition primaire !

Pour vous faire plaisir, mon petit, je vais la porter au fond du jardin, à l’abri des regards indiscrets. Je reviens. Du calme.

Merci Docteur.

A nous deux Zoé. Expliquez-moi tout.

 

 

Scène 7

 

Je vous remercie d’être venue, Agathe. Vous permettez que je vous appelle Agathe ?

Bien entendu ; et si j’ai bien compris je ne peux vous appeler Zoé que lorsque nous sommes seules.

Oui

Alors dites-moi, qu’attendez-vous de moi ?

J’ai toujours pensé que les meilleurs détectives doivent être les écrivains de romans policiers.

Mais je ne suis pas auteur de romans policiers !

Mieux, vous êtes spécialiste de littérature policière ! j’ai adoré vos cours à la fac, pas un détail, pas une incohérence, pas une faille ne vous échappaient. Tout devenait limpide avec vous ! Dès les premières lignes vous pouvez déduire la trame d’un roman.

Je travaille sur des œuvres de fiction, Zoé, pas sur des faits réels !

Quelle différence ? N’avez-vous pas envie de tenter l’expérience ?

Ecoutez Zoé, s’il y a du danger, je ne suis pas sûre d’être capable de vous aider. Mais je veux bien essayer, sans vous promettre un résultat. (Idée pour la suite : ça pourrait faire un sujet de thèse)Cependant promettez-moi une chose : si l’une ou l’autre se trouvait en danger, de faire appel aux forces de l’ordre.

Oui, c’est promis Agathe.

Comment avez-vous expliqué ma présence aux autres ?

J’ai dit que vous aviez reçu un faire-part vous aussi et que l’on vous demandait d’écrire l’histoire de mon assassinat.

C’est original ! et l’on vous a crue ?

Dans la panique générale, personne n’a posé de questions. On vous voit prendre des notes, ça inspire le respect.

J’ai pris en effet beaucoup de notes et je vous en parlerai plus tard mais c’est à vous de m’en dire davantage si je veux y comprendre quelque chose.

Le meurtre que je voudrai que vous m’aidiez à élucider n’est pas le mien.

Ca, ce n’est pas difficile à comprendre !

Le meurtre a eu lieu il y a 25 ans, j’avais 4 ans. L’image de ma mère morte dans une robe lacérée est restée imprimée dans ma mémoire comme une photographie. Elle avait 23 ans à l’époque, comme moi aujourd’hui. Ma mère a été assassinée dans cette maison, sous mes yeux. Et cela me hante. Il y avait plusieurs personnes autour d’elle dont je n’ai pas pu voir les visages du fond de ma cachette. Mon regard terrifié fixait la danse des petites épées qui déchiraient la robe de ma mère et le sang qui coulait. Ses pieds et ses poignets étaient attachés. On lui demandait où j’étais. Les dernières paroles que je lui entendis prononcer furent : « Zoé n’est pas là, elle est chez ma sœur, à Paris. » Elle l’a dit pour me sauver.

C’est affreux Zoé. Comment avez-vous pu voir la scène ?

Ma mère devait savoir ce qui allait arriver. Elle semblait nerveuse, elle avait fermé tous les volets, en faisant beaucoup de bruit, ce n’était pas son habitude. Elle avait poussé le gros fauteuil contre la porte de ma chambre Elle m’avait installée dans le placard qui séparait sa chambre de la mienne qui est à présent le boudoir. Elle avait posé des couvertures par terre, un oreiller et m’avait donné mon doudou. Elle m’avait dit de ne pas m’inquiéter, de dormir. Elle m’avait dit qu’elle m’aimait, m’avait embrassée. Elle avait rejoint sa chambre. Un petit trou dans le bois de la porte du placard me permit de la regarder s’asseoir devant sa coiffeuse. Je ne voyais que ses jambes, j’imaginais qu’elle se coiffait. Puis j’entendis un fracas épouvantable, des bris de vitre, des pas lourds et retentissants dans les escaliers.

Comme tout à l’heure ?

Encore pire. J’avais peur, je serrais mon doudou contre moi pour trouver le courage de ne pas crier et je regardais les jambes de ma mère. Elle ne bougeait pas, elle restait calme. Je ne comprenais pas pourquoi elle ne réagissait pas au bruit. Devant sa coiffeuse, elle put les voir entrer dans sa chambre sans leur faire face, comme au cinéma, en leur tournant le dos, pour qu’ils aient l’air encore plus lâche.

Combien étaient-ils ?

Quatre je crois. Je ne voyais que leurs jambes et leurs pieds. Je compris que le bruit de leurs pas avait été accentué par les semelles de bois de leurs sandales. L’un d’entre eux avait les pieds si petits qu’il me sembla qu’il s’agissait d’un enfant.

Ou d’une femme…

Je n’y avais pas pensé.

 

Scène 8

 

Regardez ce que j’ai trouvé dans votre jardin mon p’tit.

Oh ! un poignard !

Une dague mon p’tit et très ancienne à en croire la date gravée sur la lame.

Bel objet ! incrusté de pierres, de l’ambre, on dirait.

Non, ce sont des cornalines.

Comment avez-vous trouvé cette dague Docteur ?

En posant la couronne par terre. Elle était enterrée … euh pardon … enfouie ; seule la pierre apparaissait à l’extrémité du manche. Je l’ai nettoyée.

Dommage, il y aurait pu y avoir des empreintes.

Que je suis sot !

L’avez-vous déterrée facilement ?

Oui, bien-sûr.

Il n’a pas plu depuis des jours pourtant. Vous permettez ?

Je vous en prie Madame, madame ?

C’est vrai que nous ne nous sommes pas présentés, je suis madame Acristi.

Enchanté, Docteur Plêt.

C’est étonnant la lame est encore très tranchante, comme si elle avait récemment été affutée. Mlle Z, vous qui avez de bons yeux, quelle inscription lisez-vous sur la lame ?

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Voilà qui est très énigmatique !

Vous pensez la même chose que moi ?

Vous pensez que c’est l’arme du crime ?

Mon p’tit ! Il n’y a pas eu de crime !

Et ma nuisette Chantal Thomas ! Si c’est un crime !

Ca aurait pu être pis, mon p’tit. Etes-vous sûre de ne pas avoir de marques sur le corps ? je peux vous examiner…

Non ce n’est pas utile Docteur, je n’ai rien.

Comment l’expliquer ?

La nuisette a pu être retirée, lacérée puis remise.

On sent que vous avez l’habitude des romans policiers Madame. Mon p’tit, il faudrait ranger cette arme. Avez-vous une grande enveloppe ?

Oui Docteur, j’en ai dans le boudoir.

 

 

Scène 9

 

Alors comme ça chère Madame, vous écrivez des romans policiers ? Je suis très friand de cette littérature, surtout lors de mes longs déplacements en train.

Oui, on appelle ça de la littérature de gare.

Peut-être ai je lu certains de vos romans ?

Peut-être, en effet.

Qu’aurais-je pu lire de vous ?

Comment le savoir ? Vous voulez connaître ma bibliographie ?

Je n’osais pas vous le demander, chère Madame.

Le dernier roman que j’ai publié s’intitule Crime à l’heure de Nounours ; j’écris des romans pour la jeunesse, je doute que vous l’ayez lu.

C’est donc bizarre que l’on vous ait demandé de venir écrire ce qui se passe ici. Même s’il n’y a pas de crime, ce qui se passe n’est pas vraiment adapté à la jeunesse. Quel âge ont vos lecteurs ?

De 4 à 8 ans. Je suis d’accord avec vous, c’est très bizarre. Je suis la première surprise. Il faut croire qu’il y a une raison malgré tout.

Vraiment curieux…

Une tasse de thé, Docteur ? Moi, j’en ai très envie.

Très volontiers chère  Madame.

Comment le prenez-vous ?

Avec du ciron et deux sucres s’il vous plaît

Très bien.

 

Scène 10

 

Tiens Agathe est partie ?

Non, mon p’tit, elle prépare du thé.

Docteur, cette dague est dans l’enveloppe, je la pose ici. A votre avis, elle aurait pu me tuer ? N’est-il pas dangereux de la garder ici ?

Je suis là, mon p’tit et les autres ne vont plus tarder à revenir. Vous n’avez rien à craindre.

Pardon d’avoir été si agressive tout à l’heure Docteur.

Je comprends mon p’tit. Dites-moi, cette Madame Agathe, vous la connaissiez, avant aujourd’hui ?

Oui, j’avais lu ses livres

Et…

 

Scène 11

 

 

Voici le thé. Je vous en ai préparé aussi une tasse Mlle Z. Cela vous fera le plus grand bien.

Merci Agathe !

Merci chère Madame, hummm délicieux

Le thé se boit assis Docteur. Détendez-vous, vous semblez nerveux.

C’est que je n’ai pas pu faire mes visites aujourd’hui, je n’ai pas prévenu mes malades.

Pourquoi ne pas les appeler d’ici Docteur ?

Si vous me le permettez mon pt’it, j’accepte volontiers.

Il y a un téléphone dans le boudoir, vous y serez plus tranquille !

Je prends mon carnet et je monte.

 

 

Scène 12

 

Que pensez-vous du Docteur, Agathe ?

Je ne sais pas encore mais sa nervosité est suspecte.

Cette dague dans le jardin…

C’est vous qui l’avez enterrée ?

Non, j’ai utilisé de vulgaires ciseaux. Mais cette dague, je l’ai reconnue ! Elle ressemble à celles qui ont tué ma mère.

De deux choses l’une, soit le Docteur l’a trouvée, soit il l’a faussement trouvée. Où est- votre deuxième téléphone ?

Si je décroche, est-ce qu’il va l’entendre ?

Non, je ne pense pas.

Dans ce cas, je vais jouer l’indiscrète.

Alors ?

Je crois qu’il nous faut rester sur nos gardes Zoé. Chut, le voilà qui redescend.

Qui appelait-il ?

Sa femme, je crois. Il lui a dit « tu ranges tout ce que je t’ai dit où tu sais, j’arrive le plus vite possible »

Oh !

Par photeurs-de-troubles - Publié dans : roman feuilleton policier - Communauté : Les " Pascales"
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